D'Archangel au golfe Persique

D'Archangel au golfe Persique

$1.99

Il y a cinquante Français sur ce coin de quai délimité, dans ce port brumeux, qui attendent depuis ce matin. Au loin, Liverpool, avec ses maisons grises, semble une cité de rêve scientifique. De notre promenade dans cette ville industrielle, il ne nous reste qu’un amer souvenir. Les cafés y sont fermés et la bière n’est pas servie avant midi. Ainsi l’ordonnent les rigoureuses lois anglaises. Un air chargé de fumée traîne au long des rues noires. On marche. Une avenue qui monte. Pas d’arbre. Au tournant, nous parvient une musique de cirque : ce sont des boys-scouts en casquettes plates, sans visière, tout à fait semblables à de jeunes Allemands, qui jouent du fifre et frappent des cymbales. Deux cavaliers, le polo sur l’oreille, nous dévisagent sévèrement. Près d’un aqueduc, d’un ton rouge brique, que les suies ont encré, un énorme policeman se promène. La foule nous regarde, pas longtemps… Elle est pressée.
Sur le plancher du quai maritime, dans un estaminet-papeterie-pâtisserie, une vendeuse mélancolique débite pour onze pence des cartes postales coloriées qui tâchent de représenter des jardins trop verts et une mer d’un bleu d’azur, celle-là même qui s’étale devant nous, couleur café au lait.

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